L’actualité de l’Arménie et des Arméniens dans le monde, expliquée.

Comprendre

Génocide arménien : l’essentiel à savoir

Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement ottoman a organisé la destruction de la population arménienne de l’Empire. Plus d’un siècle plus tard, la reconnaissance de ce génocide reste un enjeu diplomatique. Les faits, les chiffres et les dates à connaître.

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Faits arrêtés au
Vue aérienne du mémorial du génocide arménien de Tsitsernakaberd, à Erevan, en septembre 2017 : un cercle de douze dalles de pierre inclinées entoure la flamme éternelle, à côté d’une haute stèle effilée, sur une esplanade dallée dominant la ville.
Le mémorial de Tsitsernakaberd, à Erevan, vu du ciel en septembre 2017. Photo : Aleksey Chalabyan / Wikimedia Commons / CC BY-SA 4.0

L’essentiel

Le génocide arménien désigne l’extermination des Arméniens de l’Empire ottoman, organisée principalement en 1915 et 1916 par le gouvernement du Comité Union et Progrès, le parti des « Jeunes-Turcs ». Les Arméniens l’appellent Medz Yeghern, « le grand crime ».

Environ 1,5 million d’Arméniens vivaient dans l’Empire en 1915. Le nombre exact de morts n’est pas connu : le musée américain de l’Holocauste (USHMM) l’estime à au moins 664 000, et peut-être jusqu’à 1,2 million. Les Arméniens et de nombreux historiens retiennent le chiffre de 1,5 million de victimes.

Ce qui s’est passé

Les violences ne commencent pas en 1915 : au moins 80 000 Arméniens sont tués lors des massacres de 1894-1896, et jusqu’à 20 000 à Adana en 1909, selon l’USHMM.

L’Empire ottoman entre en guerre en novembre 1914 aux côtés de l’Allemagne. Le 24 avril 1915, à Constantinople, les autorités arrêtent quelque 240 à 250 personnalités arméniennes (intellectuels, élus, religieux, commerçants), qui sont ensuite déportées. Cette rafle est considérée comme le début du génocide.

À partir de mai 1915, une loi de déportation chasse les Arméniens de leurs villes et villages, d’abord dans l’est de l’Anatolie, puis dans presque tout l’Empire. Les hommes sont souvent tués sur place. Les femmes, les enfants et les personnes âgées sont envoyés à pied vers les déserts de l’actuelle Syrie et de l’Irak. Beaucoup meurent en route, de faim, de soif, d’épuisement ou de maladie, ou sont assassinés. Des dizaines de milliers d’enfants sont enlevés à leur famille et convertis de force. Les biens des déportés sont confisqués. D’autres chrétiens de l’Empire, notamment les Assyriens, sont aussi visés.

Pourquoi parle-t-on de génocide ?

Le mot « génocide » a été créé en 1944 par le juriste Raphael Lemkin. Il a expliqué que le sort des Arméniens l’avait conduit à réfléchir à la protection juridique des peuples. L’ONU a adopté en 1948 la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide.

La plupart des historiens estiment que les massacres de 1915-1916 répondent à cette définition : des documents ottomans, allemands, autrichiens, américains, britanniques et français de l’époque montrent que la direction du parti au pouvoir visait délibérément la population arménienne. La Turquie, héritière de l’Empire ottoman, rejette le terme de génocide : elle admet que des Arméniens sont morts lors des déportations, mais les présente comme des drames liés à la guerre.

Qui le reconnaît ?

  • L’Uruguay est le premier pays à le reconnaître, en 1965.
  • Le Parlement européen le reconnaît en 1987 et appelle depuis régulièrement la Turquie à faire de même.
  • Le Bundestag allemand adopte une résolution le 2 juin 2016, en reconnaissant aussi la part de responsabilité de l’Allemagne, alliée de l’Empire ottoman.
  • Aux États-Unis, le président Joe Biden le reconnaît officiellement le 24 avril 2021.
  • Au total, une trentaine de pays l’ont reconnu officiellement, dont la France, l’Italie, la Russie, le Canada, le Brésil et l’Argentine. En 2015, pour le centenaire, le pape François l’a qualifié de « premier génocide du XXe siècle ».

En France : la loi de 2001

La loi n° 2001-70 du 29 janvier 2001 ne contient qu’un seul article : « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. »

En 2012, le Parlement a voté une loi qui punissait la négation des génocides reconnus par la loi, dont le génocide arménien. Le Conseil constitutionnel l’a censurée le 28 février 2012, estimant qu’elle portait atteinte à la liberté d’expression.

Depuis un décret du 10 avril 2019, le 24 avril est en France la date de la commémoration annuelle du génocide arménien. Une cérémonie a lieu chaque année à Paris, et les préfets peuvent en organiser dans chaque département.

Le 24 avril, jour de mémoire

Chaque 24 avril, à Erevan, une foule immense monte vers Tsitsernakaberd, le mémorial du génocide construit en 1967 sur une colline de la capitale, pour déposer des fleurs autour de la flamme éternelle. Un musée-institut y est ouvert depuis 1995.

Dans la diaspora, de France aux États-Unis en passant par le Liban ou la Russie, des marches, des messes et des cérémonies officielles ont lieu le même jour.

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